Avant de rentrer dans le vif du sujet, je préfère l’appellation d’ANP car si Madame Walstad a théorisé cela de façon très intéressante dans son ouvrage « Ecology of planted aquarium », elle n’a pas inventé cette méthode qui existait bien avant elle.
Les principes de base
L’objectif est d’une part de créer un écosystème quasi autonome où plantes et poissons sont en équilibres, d’autre part de créer un environnement sain et stable pour les poissons et enfin de simplifier au maximum l’entretien de l’aquarium. Autant vous dire qu’il faut alors remettre en cause certaines règles d’or de l’aquariophilie classique.
Première principe : Oublier le cycle de l’azote!
La transformation par le filtre (biologique) de l'ammonium (NH4+) en nitrite (NO2) puis nitrate (NO3) est hautement contre-productive pour les plantes et l’aquarium en général. En effet, d’une part cette transformation consomme beaucoup d’oxygène, d’autre part, lorsque les plantes consomme des NO3, elle va devoir les retransformer en NH4+, consommant de nouveau de l’oxygène et beaucoup d’énergie.
Dans un ANP, nous n’utiliserons pas de filtre, nous transformerons donc pas l’ammonium en nitrate et les plantes consommeront donc directement de l'ammonium pour leur croissance.
Second principe : Ne plus faire de changement d’eau.
Quelle perte de temps que de devoir changer toutes les semaines 10% de l’eau d’un aquarium ! Lorsque celui-ci fait 30 litres, cela reste raisonnable, mais à 300 ou 400 litres, cela devient carrément pénible.
Dans un ANP, cette pratique n’est pas utile, elle est même déconseillé et sera remplacé par un changement d’eau de 50% tous les 6 mois, voir plus rarement encore.
Troisième principe : La fertilisation et les injections de CO2 sont inutiles.
Combien de personnes écrivent sur ce forum pour demander quel engrais mettre ? A quelle fréquence ? Et comment injecter du CO2 sans nuire aux poissons ?
Dans un ANP, tous les nutriments nécessaires aux plantes sont apportés par le substrat, les déchets, la nourriture. Poissons et bactéries apportent le co2 nécessaire aux plantes de façon constante sans excès ni carence.
La mise en place un ANP
Cette partie s’appuie sur la mise en place de mon aquarium de 230 litres « Irrawady River ».
Le matériel
L’aquarium : Il n’y a pas de restriction particulière sur l’aquarium. Toutefois, sachez que plus l’aquarium présentera une surface au sol importante, mieux ce sera. La méthode ne conviendra pas à des aquariums en forme de colonne. Par ailleurs, les nano aquariums seront plus difficile à stabiliser que les grands aquariums.
L’éclairage : Il doit être performant sans pour autant être considéré comme très puissant. Je conseillerai donc de viser du 1w/2L, ou 30 lumens/L sur une durée de 10 à 12 heures. Si votre éclairage est un peu faible, vous pouvez parfaitement utiliser de la lumière solaire en plaçant votre aquarium à proximité d’une fenêtre. Personnellement, j’ai opté pour une rampe d’éclairage LED de 32 lumens/ litres, à 7000°K. Avec le recul, il est même un peu trop puissant car je bénéficie d’un éclairage extérieur assez conséquent. Il tourne donc à 70% de sa puissance maximale durant 10h.
Le filtre : Il n’est obligatoire, mais un brassage assuré par une pompe de brassage ou un filtre (interne ou externe) vidé des masses filtrante est recommandé. Il n'ai pas nécessairement très puissant, ce qui risquerait surtout d’entraîner du dégazage. Personnellement, j’ai mis un filtre externe de 500 l/h afin d’avoir un petit brassage de surface et d’homogénéiser l’eau. J’ai laissé juste un fine couche de mousse afin d’avoir une petite filtration mécanique. Il permet aussi, si besoin, d’ajouter une filtration sur charbon actif, même si cela ne m’a pas encore été nécessaire.
Le chauffage : Il n’y a pas sur ce point de différence notable avec un aquarium « classique ». Pour des raisons purement esthétiques, j’utilise un chauffage externe Hydor qui vient s’ajouter sur le circuit du filtre externe et en suit très satisfait.
Le substrat
C’est LE point important la méthode. De la réussite de votre substrat dépendra grandement la réussite de l’ensemble de l’aquarium
Ayant déjà écrit un article sur ce sujet, je vous renvoie directement celui-ci.

Le substrat doit couvrir 90% une surface au sol de l’aquarium. De même il impérativement pouvoir respirer et ne doit pas être couverte par trop d’éléments décoratif comme des rochers, racines,…
Les plantes
C’est le second point auquel il faut être particulièrement vigilant. Les plantes sont en effet à la base de la filtration dans ce type d’aquarium. Il est souhaitable que 80% de la surface au sol de l’aquarium soit plantée. Il conviendra d’observer les quelques règles suivantes :
- Avoir au moins une variété de plante flottante, elles sont particulièrement efficaces pour purifier l’eau (avantage aérien).
- Avoir des plantes à pousse rapide (au moins ¼ des plantes) afin d’assurer une absorption des nutriments en grand quantités
- Varier les plantes, toutes les plantes n’ont pas les même propriétés, ni les même besoin. Par exemple, les cryptocorynes ou échinodorus ont un réseau racinaire étendu, favorisant les échanges eau/sol, tandis que les fougères de java, anubias, mousses diverses… puiseront leur nutriment directement dans l’eau.
Les plantes émergeantes, si elles ne sont pas obligatoires, seront un plus, elles peuvent absorber le CO2 dans l’air et les nutriments dans l’eau ce qui leur confère un gros avantage sur les plantes purement aquatiques.
L’organisation en couches du substrat rend le déplacement des plantes particulièrement délicat, voire impossible. Si vous voulez supprimer une plante, je vous conseille de la couper à raz plutôt que d’essayer de l’arracher. Certaines plantes pourront être bouturées pour les déplacer.
Un démarrage avec la Méthode Dry Start (DSM) convient particulièrement bien à ce type d’aquarium (vous avez gagné 1 mois de cyclage, vous pouvez bien faire un mois de DSM!).
Personnellement, je possède quelques plantes réputées difficiles et nécessitant absolument de l’engrais et du CO2… Elles poussent correctement sans engrais ni CO2 ! Il n’y a donc pas de restrictions sur la « difficulté » des plantes, bien au contraire !
L’eau
Il n’y a pas de recommandation particulière sur la qualité de l’eau, c’est la population qui va dicter les paramètres. On évitera, comme dans un aquarium standard, d’avoir un KH nul ou très élevé.
La population
N’oubliez pas que l’on recherche un équilibre entre population et plante. La population doit donc être modérée, ce type d’aquarium ne tolèrera pas une surpopulation. Il est préférable d’éviter les poissons s’attaquant aux plantes ou fouisseurs.
Les escargots et les crevettes, détritivores, sont les bienvenues car ils participent à la décomposition des déchets et à la consommation des restes alimentaires. Les escargots comme les mélanoïdes sont aussi une bonne option car ils aèrent le sol et enfouissent une partie des déchets.
Madame Walstad prétend que l’ont peu introduire les poissons le jour de la mise en eau. Je ne trouve pas cela souhaitable. D’une part, les paramètres auront tendance à varier durant les premières semaines, ce qui n’est pas bon pour les poissons, d’autre part les plantes ont besoin d’un temps d’adaptation avant d’être pleinement efficaces. La DSM aura toutefois tendance à amoindrir ce second point. Personnellement, j’ai mis en place 2 ANP, l’un d’entre eux a eu un taux de nitrites de 0,1 mg/l durant la première semaine (j’ignore pourquoi). Ce n’est pas un taux énorme, mais quand même.
L’entretien
Comme évoqué dans l’introduction, l’entretien est minimaliste. Les changements d’eau sont plus nuisibles que nécessaires, de même pour le siphonage du sol (laissez les mélanoïdes s’en charger !). Éviter de perturber le substrat lors des changements d'eau et du jardinage.
On s’assurera comme toujours du bon fonctionnement du matériel. Il est crucial de veiller à ne pas laisser vieillir les néons afin de garantir aux plantes un éclairage toujours adéquat.
On surveillera tout de même les paramètres durant les premiers mois, les nitrites devront toujours être à 0, l’ammonium à un taux très bas. En théorie, les nitrates devraient être totalement absents (leur présence après quelques semaines serait un signe de surpopulation). Le taux de fer est en général très faible, une diffusion constante étant assurée par le substrat.
Quelques questions et autres idées reçus…
Les ANP n’ont pas d’algues : FAUX, ils en ont, comme tous les aquariums. C’est une question d’équilibre. Toutefois, ils ont tendance à y être moins sujet, surtout une fois passé les 3 premiers mois, l’aquarium étant particulièrement stable, le risque d’en voir apparaitre brutalement est très faible. La DSM minimise aussi ce risque.
Peut-on ajouter du CO2 et des engrais dans un ANP ? Ce n’est pas utile, même si tous les taux semblent être à 0. Personnellement, ces taux à 0 avaient tendance à me faire peur (« je suis en carence !!!! »), et même si tout allait bien. J’ai donc essayé d’ajouter de l’engrais ou du CO2. Dans les 2 cas, j’ai obtenu le même résultat, l’apparition d’eau verte ou de filamenteuses. Depuis que je n’ajoute rien, tout va mieux !
Le substrat ne dure que 3 ans : FAUX, il a une durée de vie bien plus longue. Vous dire combien, je ne le pourrais pas, tout le monde ayant eu envie de changement avant que celui-ci ait commencé à faiblir significativement.
Le substrat a tendance à fermenter : FAUX, et VRAI si vous n’avez pas suivi correctement les conseils sur l’épaisseur des couches, la granulométrie de la couche supérieur, et éliminé les plus gros débris de la couche nutritive.
Les plantes poussent plus vites dans un ANP : FAUX, elle pousseront à un rythme naturel, probablement moins vite quand un aquarium rempli d'engrais, de CO2... Mais ce n'est pas l'objectif, vous l'aurez bien compris.
Est-ce que la méthode fonctionne vraiment? N'est ce pas purement théorique?

No comment!