Aquariophilie d'eau douce

Mon néon préféré, le Paracheirodon "Geryi"

A ne pas confondre avec : paracheirodon innesi et paracheirodon cardinalis.

Le paracheirodon simulans doit encore trouver toute sa place en ichtyologie : aurait-il été considéré "simulans" s'il avait été découvert avant le cardinalis ? Notamment, il a été avancé que le « simulans » profite des bancs de cardinalis comme lieu de rencontre, pour y retrouver ses congénères. L’image est commune et est diffusée depuis que l’on connait cette nouvelle espèce : à l’époque, on croyait que le « simulans » ne vivait qu’à proximité du cardinalis. C’était en tout cas l’information ramené par SCHEEL pendant les années 60 – 70. Il semble en réalité que cela ne puisse se produire que lors de la reproduction, c’est-à-dire à la saison des pluies quand le niveau d’eau monte de plusieurs mètres.
Même encore aujourd’hui, dans les représentations usuelles, le « simulans » est un caméléon copieur. Selon différentes sources on a même peur qu'il s'hybride avec les autres néons, etc...

Il faut donc compléter cette représentation :
En effet, il faut se demander à quoi sert un banc de poissons ? A se protéger des prédateurs. En effet, le nombre de poissons généralement identiques empêche le prédateur d’en identifier spécifiquement un. Et quand le prédateur attaque, le banc se disloque dans tous les sens, si bien qu’il ne sait toujours pas cibler une proie.
Quand le « simulans » fréquente les mêmes eaux que le cardinalis, il a tout intérêt à se fondre aux bancs de ce dernier. Il a trois avantages :
- L’avantage de la ressemblance qui lui permet d’être accepté et d’y jouer son plein rôle de membre, sans se faire remarquer.
- L’avantage d’une taille plus petite qui le rend moins intéressant comme proie.
- L’avantage de la vivacité qui, en cas d’attaque du prédateur, lui permet de fuir plus promptement que le cardinalis.

Si la difficulté de lui donner une identité propre semble venir du fait que dans la nature, le « simulans » est souvent rencontré avec le cardinalis dont il partage le banc… Pour autant, le « simulans » existe également seul à l’état naturel. C’est notamment le cas au Venezuela :
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=F4DaP8HQyBU

Toujours est-il qu'il s'agit bien d'une espèce distincte puisqu'il n'a pas le même nombre de chromosomes (25) que l'innesi (17) et le cardinalis (26). Pour autant, ces 3 espèces peuvent-elles avoir eu un lointain ancêtre commun, avoir été séparées au gré des évolutions géologiques, permettant une différenciation progressive et désormais marquée ? Comme les "nez-rouges". Si c’est le cas, il reste alors à savoir comment le dit "simulans" a ensuite pu se retrouver avec le cardinalis ? "Probablement" suite à une nouvelle évolution géologique.

Mais où se serait-il "spécifié" ?
Le corps du dit "simulans" est plus élancé, plus fusiforme. Ainsi, cela lui permet de se mouvoir et de fuir plus facilement. On peut alors penser à un milieu plus exposé aux prédateurs. Il aurait même pu évoluer dans une région plus vallonnée : aux cours d’eau plus rapides. Mais le Dr Géry précise que c’est en réalité dans des cours d’eau marécageux, de petites criques (bras morts) et petites étendues d’eau qu’on le retrouve à l'origine. Il s’agit également d’un milieu où l’eau est à la fois plus acide et encore moins minéralisée que pour le cardinalis. Un corps plus petit lui permet de s’économiser dans un milieu encore plus pauvre.

Pour autant, il s'agit bien d’une espèce adaptée à l'eau noire. En effet, au fur et à mesure où la stature de l'animal s'est affinée, il semble que seule ait été préservée la ligne bleue qui s'étend de l'œil à la base de la caudale. Mais, contrairement à ce que l'on peut lire ici où là, la couleur rouge n'a pas disparu. Elle est bien présente tout le long de la partie inférieure du corps. Par contre, au fur et à mesure où la silhouette s'est affinée, la surface qui lui était dévolue s'est rétrécie.
A l'observation, dans certains cas, il semble même que le rouge se mélange à la bande bleue et favorise un reflet violet... Alors qu'à d'autres moments, le reflet peut devenir bleu-vert, ou tout simplement turquoise.

Une très belle espèce aux reflets variables, dont la maintenance est finalement simple et peut durer plusieurs années, en tout cas plus longtemps que pour le cardinalis. Par ailleurs, il peut devenir presqu'aussi grand, mais plus lentement.

Et s’il doit trouver sa propre identité un jour, je propose Paracheirodon Geryi

Re: Mon néon préféré, le Paracheirodon "Geryi"

Merci Jjrao pour cette superbe contribution :)

C'est plutôt rare de rencontrer des passionnés des petits characidés, ça fait plaisir !
En tout cas, je n'étais pas sensibilisé à cette cause avant de te lire et c'est vrai que ce nom commun de "faux néon" n'est vraiment pas flatteur alors qu'il mérite vraiment d'avoir une identité propre. Paracheirodon Geryi lui irait très bien, je te rejoins dans ta proposition :)